Cyrielle Lévêque: Spectaculariser Le Sacrifice – Une Lecture de L’Oeuvre de Ken Gonzales-Day

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Magali Nachtergael et Anne Reverseau (dir.), éd. Le Mot et le reste,

novembre 2022, 176 p. (90 illustrations couleur), 45 €

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Excerpt from Introduction:

Collectionner les photographies, c’est collectionner le monde », écrivait Susan Sontag (De la photographie), citée en exergue du superbe collectif, dirigé par Magali Nachtergael et Anne Reverseau, qui vient de paraître aux éditions Le Mot et le reste. Un monde en cartes postales s’attache à ce drôle de rectangle de papier cartonné qui s’offre comme un dispositif texte/image. Apparue au XIXe siècle, la carte postale a connu son âge d’or au XXe, avant de tomber en désuétude ces dernières décennies, concurrencée par le téléphone, les mails et SMS puis les réseaux sociaux, Instagram et Pinterest en tête, pour mieux être réinvestie et réinventée par la littérature et l’art contemporain.

Le succès de la carte postale fut d’abord lié à son faible prix d’achat comme d’envoi, à l’immense variété de ses illustrations (sites touristiques, œuvres d’art, portraits d’écrivains, dessin humoristique, etc.). Très vite elle entre dans les usages quotidiens, elle fait l’objet de collections et se voit investie dans les pratiques littéraires et artistiques. De fait, à chacun de ses âges, par les sujets photographiés, par les usages que l’on en fait, la carte postale se donne comme le précipité d’un moment, comme une forme de « culture en circulation » ce que le souligne le sous-titre du livre.

Un monde en cartes postales illustre magnifiquement, par ses textes comme par ses reproductions, la nature double de la carte postale, de son format et support (recto/verso, texte/image) à ses usages, liés à sa « double vocation : le voyage et le souvenir ». On envoie les cartes ou on les garde, on conserve celles que l’on reçoit ou on les jette à peine lues. Autre disjonction productive, la carte postale est un objet de consommation de masse comme un support de réappropriations artistiques, littéraires et culturelles. Elle est l’objet de représentations intimes comme collectives, jusqu’à véhiculer un certain nombre de stéréotypes. Elle est adresse privée mais généralement à découvert puisque l’usage veut qu’elle ne soit pas un pli sous enveloppe. La carte postale est donc un objet disjonctif, une archive de représentations culturelles, dont Magali Nachtergael et Anne Reverseau montrent également dans leur passionnante introduction combien elle est maniable et plastique, une « image-objet hautement manipulable », support matériel pensé comme un geste, indissociable de notre culture visuelle, un « musée miniature ». Toute carte envoyée ou gardée encapsule un récit, notre mémoire l’associe à un moment ou à une personne, à un événement ou à une découverte, et dès qu’elle entre dans une collection ou un montage sur un mur elle participe d’une narration, en ce qu’elle est associée à un espace-temps, au-delà de cette histoire première portée par le dialogue entre le texte et l’image, l’expéditeur et le destinataire. On conçoit donc que ce drôle d’objet, produit en série, « crée des mondes » autant qu’il « les reflète ».

 

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